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chats | 21.01.2011 - 09 h 00 | 2 COMMENTAIRES
Chat avec Vanessa Watremez sur la violence dans le couple lesbien: l’intégralité des échanges

Vanessa Watremez de l’association AIR-Libre répond aux questions des internautes sur la violence dans le couple lesbien.

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moderateur: Bonjour. Le chat va commencer.
 Notre invitée va répondre à vos questions…

Vanessa Watremez: Je vous remercie de m’avoir invitée pour parler de ce sujet-là, qu’il est essentiel de visibiliser.
Viviane: Bonsoir
. Quelle aide concrète votre association apporte-t-elle aux victimes de violence?
Vanessa Watremez: À l’association, nous accueillons aussi bien des lesbiennes victimes de violence que des lesbiennes violentes. Nous proposons des accueils individuels et des groupes de parole, notre approche est féministe. Pendant les accueils individuels, la personne nous fait part de la relation de violence qu’elle subit et on l’aide à trouver des solutions. Nous proposons une écoute, une aide, du soutien et une orientation vers des avocat.es ou des centres d’hébergement si besoin. Les groupes de parole visent l’empowerment, c’est-à-dire qu’ils participent à redonner du pouvoir sur la vie des lesbiennes. Le groupe permet de sortir de l’isolement et de voir que d’autres vivent les mêmes réalités, et il permet aussi d’atteindre la prise de conscience de la dimension sociale et politique des problèmes.

Luna: Bonjour, est-ce que certaines formes de violence sont plus fréquentes chez les couples lesbiens que chez les couples hétéros? Merci!
Vanessa Watremez: Bonjour Luna. La dépendance dans laquelle est l’agresseur dans la relation (ce qui apparait comme une caractéristique propre aux violences dans les relations lesbiennes) va justifier des formes de violence différentes, par exemple des discussions interminables la nuit, vécues comme très violemment par les victimes. Mais après on va retrouver des formes similaires comme des reproches, des insultes, des dénigrements et un contrôle des relations amicales, du temps et de l’espace. En ce qui concerne les violences physiques, on retrouve les bousculades, les gifles, les coups, des violences physiques avec des objets ou des armes blanches. On retrouve des formes similaires que dans les couples hétérosexuels violents, bien que la violence ne soit pas exactement la même.
La menace de outing est toutefois une forme de violence que l’on ne retrouve pas dans les relations hétérosexuelles, mais elle n’est pas la plus fréquente durant la relation, elle apparait quelques fois au moment de la rupture de la relation.

stéphanie: Qu’est ce qui vous a poussé à créer cette association?
Vanessa Watremez: C’est dans le cadre d’études en sociologie. J’étais partie au Québec en 2000, pour aller chercher des informations sur cette réalité: il n’y avait rien en France. Je suis restée là-bas et j’ai travaillé avec une association qui s’occupait des ces questions-là (le GIVCL qui depuis s’appelle le CSL). A cette occasion, j’ai été amenée à créer des outils d’interventions (animation de groupes de paroles notamment) et en revenant en France j’avais de nombreux outils pour répondre à ces problématiques-là. J’ai été rapidement identifiée comme travaillant sur ces questions auprès de lesbiennes victimes de violence qui pour beaucoup m’en ont parlé alors pour la première fois. Ce sont elles qui m’ont incité à créer quelque chose autour de cela.

Gwenaelle: Bonjour. Combien êtes-vous dans l’association? Et combien de « cas » traitez-vous chaque semaine ou chaque mois?
Vanessa Watremez: Dans l’association, nous sommes à peu près dix, mais tout le monde ne va pas intervenir sur les violences conjugales. Nous avons d’autres activités à Air Libre, qui portent sur toutes formes de discriminations et de violences à l’égard des lesbiennes. Il faut savoir que nous sommes dans le Tarn, à une heure de Toulouse, dans un milieu semi-rural. Il n’y a pas foule de lesbiennes ! On ne fait pas des accueils toutes les semaines. Nous avons plus souvent des demandes qui nous viennent par mail ou par téléphone d’autres régions de France.

Anna: Bonjour. J’ai souvent entendu des cas de violences physiques parmi des amies ou connaissances lesbiennes, mais beaucoup moins chez des amis gays où la violence semble être plus psychologique… Avez-vous la même impression?
Vanessa Watremez: Nous n’accueillons pas de gays (car les mécanismes de la violence ne sont pas exactement les mêmes et que nous ne sommes pas outillées pour y répondre correctement), mais il est arrivé que certains d’entre eux nous contactent et il y avait de la violence physique avérée. Dans le peu d’études qu’il y a, on confirme qu’il y a des violences physiques chez les hommes gays, il me semble que la plupart montre qu’au contraire il y aurait plus de violences physiques. Après, tout comme dans les relations violentes, quelles soient lesbiennes, gays ou hétérosexuelles, il peut y avoir de la violence dite conjugale sans violence physique qui peut être toute aussi destructrice.

pingouin: Est-ce que vous accueillez des transsexuelles?
Vanessa Watremez: Oui, c’est arrivé à plusieurs reprises. Ce sont plutôt des FtoM qui nous ont contacté pour des cas de violence, en tant que victimes.

pingouin: Comment est-ce que les lesbiennes réagissent-elles à cette collégialité?
Vanessa Watremez: Le sujet est tellement tabou qu’il y a très peu de structures qui se préoccupent de ces questions-là en tout cas jusqu’à récemment, pour nous, c’était évident de répondre à ces demandes et ça ne nous pose aucun souci en terme d’intervention car les formes de violence sont similaires. Pour les autres lesbiennes qui viennent à l’association, jusqu’à présent il en a été de même.

M.: Pensez vous que le fait qu’il y ait des violences au sein d’un couple lesbien soit favorisé par cette appartenance à un « milieu » (dans ce cas, le milieu homo) ?
Vanessa Watremez: Non, parce que la plupart des violences faites aux femmes sont perpétrées par des hommes : une femme sur dix est victime de violence et une femme meurt tous les deux jours et demi, tuée par son conjoint violent, donc hétérosexuel. Ce n’est pas symptomatique du milieu homosexuel, loin de là. M, pouvez-vous préciser votre question, svp ?

Raph: Est-ce qu’il est possible de porter plainte pour des violences psychologiques? Si oui, comment les prouver?
Vanessa Watremez: C’est plus difficile que pour les violences physiques. Dans les relations hétérosexuelles violentes, les violences psychologiques sont encore compliquées à prouver et à faire reconnaître.
Peut-être que celle qui est le plus facile à prouver est le harcèlement téléphonique car il y a une preuve. Il faut enregistrer les messages, et les faire constater à la police ou à la gendarmerie. Ensuite, il ne faut pas hésiter à se faire conseiller par un.e avocat.e ou un service juridique (comme le CIDF) qui aidera à rassembler des preuves : des témoignages de témoins notamment.

corinne75: Y a-t-il des histoires qui vous ont plus particulièrement marquées?
Vanessa Watremez: Chaque histoire est marquante. Il y en a certaines qui vont être plus violentes physiquement et qui vont être plus marquantes par rapport à cela. En général, il n’y en as pas une plus marquante que l’autre. Depuis 2005 que nous avons démarré, je me rappelle de toutes les situations car elles sont toutes marquantes à leur façon.

M.: Le fait d’appartenir à un « milieu », qu’il soit religieux, ou concernant l’appartenance sexuelle par exemple, et d’évoluer dans cette même communauté plus ou moins « fermée » peut engendrer certaines tensions au sein d’un couple (jalousie, etc), qui serait peut-être moins « visibles » au sein d’un couple ne faisant pas partie d’une communauté particulière.
Vanessa Watremez: Non, ce n’est pas quelque chose qui ressort nettement. Ce qui va être différent, c’est au moment de la rupture où les deux personnes vont se croiser plus facilement et où les occasions de violences et harcèlements vont être facilitées. Mais au moment de la relation, ce n’est pas quelque chose qui va jouer plus que dans une relation hétérosexuelle par exemple.

colinne: Je n’avais jamais entendu parler de ce type de structure avant. Y en a-t-il d’autres en France? Si oui, travaillez vous ensemble?
Vanessa Watremez: Il y a maintenant deux structures qui se sont créées à Paris et notamment récemment Safe LGBT avec qui nous sommes en contact. À chaque fois qu’une structure se crée, nous nous mettons en contact pour échanger nos pratiques et nos analyses. Après, il y a des petits groupes de lesbiennes qui vont réfléchir ensemble mais elles ne sont pas organisées en association. Depuis, l’année dernière on enregistre une plus grande mobilisation, on en est heureuse ; car il y a un manque criant de réponses encore. L’idéal serait qu’on parvienne à se constituer en réseau pour apporter des réponses dans l’ensemble des grandes villes de France (au minimum).
Nous travaillons aussi en réseau avec les structures institutionnelles et associatives locales qui nous soutiennent et avec qui nous travaillons. Mais l’association est entièrement composée de bénévoles, professionnelles ou non, et nous ne recevons pas de financement.

corinne75: Qu’est ce qui pourrait faire changer les mentalités sur cette question à votre avis?
Vanessa Watremez: Ce qu’il faudrait, c’est déjà plus d’informations sur ces questions-là pour briser le tabou auprès des lesbiennes. Comme c’est le cas justement grâce à ce chat. Il faut briser le mythe des relations idylliques entre lesbiennes où il ne pourrait pas y avoir de violence, et développer des structures d’accueil. Ensuite, il y a tout un travail de prévention des violences à faire.

Raph: Et le viol conjugal, concrètement, ça peut se prouver?
Vanessa Watremez: Oui. Le viol peut se prouver, même si c’est difficile, y compris pour les femmes hétérosexuelles. S’il y a eu viol avec pénétration, il peut y avoir des lésions, la première chose à faire, c’est le faire constater : auprès de la police qui réfèrera vers un service gynécologique pour faire constater le viol ; ou mieux, aller directement à la médecine légale, qui existe dans chaque grande ville et qui dépend des hôpitaux généralement. S’il n’y a pas eu viol avec pénétration, au niveau de la loi, c’est une agression sexuelle, dans ce cas, le mieux c’est d’aller demander conseil auprès d’un-e avocat-e ou d’un service juridique qui aidera à trouver des preuves selon les situations et les contextes de l’agression sexuelle. Il faut savoir que les peines sont aggravées lorsque les personnes sont en couple et/ou pacsées.

Ce que je peux rajouter, c’est que souvent, les lesbiennes violentes ont en général un passé de victimisation. Elles ont été victimes de violences masculines ou de viol durant leur enfance, ce qui ne va pas expliquer en soi la violence mais cela va expliquer des mécanismes qui vont se mettre en place. C’est-à-dire que les lesbiennes violentes ici vont plus facilement se mettre dans une relation de dépendance envers leur compagne et cette dernière va être mise dans une relation de soin et d’aide: elles vont avoir besoin de l’autre à leur côté, et les violences pouvant apparaitre lorsque les victimes résistent à cette appropriation. Les lesbiennes violentes vont souvent justifier leur violence par rapport à cela. Mais il faudrait plus qu’un chat pour entrer dans les détails de ces mécanismes.

Raph: Par rapport au viol conjugal: et plusieurs années après?
Vanessa Watremez: Plusieurs années après, c’est possible de porter plainte si on a fait constater le viol par un certificat médical au moment des faits. Mais c’est rarement le cas, car la démarche est difficile. Sinon, après il faut voir avec un ou une avocate s’il ou elle peut trouver des éléments après coup. Parfois, on pense qu’il n’y a pas de solution, mais un.e avocat.e peut aider à rassembler des preuves.
Je me rappelle aussi d’une femme hétérosexuelle qui avait été victime d’inceste que j’avais accompagnée à déposer plainte des années après. Elle n’avait pas de preuve, mais la police a convoqué la personne accusée et il a reconnu l’inceste. ça peut arriver !

Christine: Est ce que le fait d’être lesbienne ne t’il pas la situation rends plus compliquée encore (que pour les femmes hétéro) de se sortir de ces situations de violences, trouver des soutiens, porter plaintes… ?
Vanessa Watremez: Oui, à cause du tabou, de l’invisibilité de ces violences, et du manque de structures où les personnels sont formés. Mais cela va dépendre des régions aussi. Par exemple, dans le Tarn, il y a certains gendarmes ou policiers qui vont le prendre très sérieusement en compte mais dans d’autres régions, c’est complètement minimisé. Il y aurait besoin de formation du personnel de la police, des centres d’hébergement des services sociaux et des psychologues aussi. D’ailleurs, on sollicite AIR-Libre pour faire des formations auprès de ces personnels-là mais pas en France. En Belgique par exemple. On est vraiment très en retard! Au Québec, la politique en matière de violence conjugale du gouvernement a inscrit cette réalité comme d’une forme de violence dont il faut se préoccuper. En découle des moyens financiers pour les associations, et donc des services et des réponses pour les lesbiennes concernées.

Christine: Je connais pas mal de victimes lesbiennes qui n’était pas out (au travail, auprès de la famille…) au moment des faits. Cela donne une « arme » terrible à leurs agresseuses pour les contraindre au silence. Car parler passe par se outer d’abord…
Vanessa Watremez: Effectivement, au moment de la rupture, cela peut être utilisée pour continuer à exercer des violences et une emprise. Merci Christine de l’avoir précisé.

moderateur: Le chat touche à sa fin… Le dernier mot à notre invitée.
Vanessa Watremez: Merci à Yagg et aux personnes qui ont participé au chat.
Je tiens à souligner l’importance de la mobilisation des lesbiennes et des GBT sur ces questions. Jusqu’à présent, nous étions un peu seules sur ces questions et on est ravie que d’autres structures se développent, il faudrait que ce soit le cas dans d’autres régions.
Pour contacter AIR-Libre, voici nos coordonnées: 09.64.26.87.68, ­ airlibre.association@gmail.com et le site: www.air-libre.org

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Publié par
Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef. Photo. Comédies musicales. Harvey Fierstein. These are a few of my favorite things.
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LES réactions (2)
Chat avec Vanessa Watremez sur la violence dans le couple lesbien: l’intégralité des échanges
  • Par pauline 25 Jan 2011 - 16 H 38

    et une super brochure en ligne sur le consentement http://www.infokiosques.net/spip.php?article659

     
  • Par safe-lgbt 24 Jan 2011 - 17 H 57

    La violence dans les relations lesbiennes est une question que l’on a passée sous silence jusqu’à récemment. Ce n’est que dernièrement que les femmes ont commencé à donner un nom aux violences vécues et à en parler. Il est vrai que la violence en général a été dissimulée jusqu’à tout récemment. Mais d’autres facteurs ont rendu encore plus difficile pour les lesbiennes le fait de révéler l’existence de la violence au sein de leurs relations.

    Voici le lien d’un formidable texte a lire sur le sujet : « La violence dans les relations lesbiennes Information et ressources  »

    http://www.phac-aspc.gc.ca/ncfv-cnivf/publications/femlesbi-fra.php

     
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