3080 Chat avec Coraline Delebarre: « Il existe une diversité lesbienne, à chacune de trouver sa façon d’être » | Comment ça va les filles?

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Comment ça va les filles?
Visibilité, santé, sexualité lesbienne: une campagne Yagg avec l'Inpes
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chats | 30.01.2011 - 11 h 28 | 1 COMMENTAIRES
Chat avec Coraline Delebarre: « Il existe une diversité lesbienne, à chacune de trouver sa façon d’être »

image de soi, bien-être, coming-out, de très nombreuses thématiques ont été abordées par les internautes.

modérateur: Bonjour. Nous sommes ravis d’accueillir Coraline Delebarre du Kiosque Infos Sida, dans le cadre de notre campagne Comment ça va les filles? Vous pouvez d’ores et déjà poser vos questions

Coraline Delebarre: Bonsoir à toutes, Je suis ravie d’être là ce soir et j’attends vos questions.

modérateur: Une question de Nono: Comment se définir et trouver sa place quand on est ni Femm ni Butch mais entre les deux, et comment répondre à ce vieux stéréotype dans notre propre communauté LGBTQ?

C Delebarre: Femm et butch sont des catégories politiques mais il n’est pas obligatoire de se reconnaître dedans. Il existe une diversité lesbienne, à chacune de trouver sa façon d’être. On peut se sentir attirée plus par les féminines ou par les masculines; l’important étant de ne pas rejeter les filles en fonction de ce qu’elles donnent à voir.

Cin du 59: Pourquoi ce sont les stéréotypes lesbiennes qui plaisent le plus ?

C Delebarre: Question difficile. Si par stéréotype, tu entends les modèles plus masculins, je ne suis pas persuadée que ce soit forcément elles qui plaisent le plus. Il est vrai que l’on amalgame souvent une certaine façon d’être, de s’habiller et de se mouvoir au fait de s’assumer et d’être fière de son identité lesbienne ce qui est souvent recherché.

tedoro33: la construction identitaire « lesbienne » ne passe t-elle pas par une radicalisation du style?

C Delebarre: Pas forcément, tedoro33. Par radicalisation du style, j’entends une façon de rendre son corps politique et de se rendre plus difficilement accessible aux hommes. Est-ce bien celà dont tu parles, tedoro33?

Ploc ploc: En moi-même, j’ai accepté facilement le fait d’être lesbienne, mais cela me bloque dans mes relations sociales car je n’ose jamais parler de moi aux gens que je côtoie au quotidien, par peur de questions personnelles embarrassantes. Je passe donc toujours pour quelqu’un de distant et mystérieux. Que faire ?

C Delebarre: Dans un premier temps, il est important d’accepter son identité: c’est donc une bonne chose que tu te sentes bien en tant que lesbienne. Mais c’est vrai que la peur des discriminations et de l’hostilité peut parfois biaiser les relations avec les autres. L’important étant de savoir qu’il n’y a aucune obligation à parler de son orientation sexuelle et que tu as le droit de choisir à qui en parler ou pas.

tedoro33: J’entendais plus une affirmation du style et des codes…

C Delebarre: D’accord, tedoro33. L’utilisation de son corps comme un outil de visibilisation peut être un moyen de se construire identitairement. Mais encore une fois, il n’y a pas d’obligation à se conformer à un certain type de codes et de style.

jo: Penses-tu que le rapport au corps et à l’image de soi soient très différents chez les lesbiennes et chez les gays?

C Delebarre: Effectivement, jo, la socialisation des femmes et des hommes étant différente, le rapport au corps et à l’image s’en ressent. Les lesbiennes sont sûrement moins visibles que les gays dans la sphère publique.

modérateur: une question de Ann, sur le blog:
Comment le genre “binaire” dont vous parlez dans la vidéo est-t-il né? Dans quelle mesure “être détaché de l’hétéronorme” n’a rien d’une action préméditée? Quelle analyse donneriez vous du désir d’être aussi plate qu’un mec alors qu’on est une fille, sans pour autant vouloir échapper à son sexe de naissance?

C Delebarre: Chère Ann, La binarité telle qu’on l’entend masculin, féminin est issue du sexe homme femme. C’est une construction naturaliste, basée sur les différences biologiques. Le fait de s’écarter des normes hétérosexuelles nécessite une réflexion et permet de se construire différemment. Nous touchons avec votre troisième question à l’identité de genre. S’écarter des normes de « beauté » féminines ne veut pas dire souhaiter être un homme. C’est pas parce qu’on est plate qu’on est forcément lesbienne non plus 🙂

catchounette75: les identités lesbiennes, ce qu’elles « donnent à voir » sont multiples comme tu as pu le dire, pourquoi est ce le modèle fems / butchs qui persiste et auquel il est sans cesse fait référence.

C Delebarre: Bonne question catchounette75! La dynamique fem butch est un concept anglo-saxon et très politique. Il émerge en France mais ce sont encore les butchs qui sont les plus visibles. Comme on imagine les lesbiennes plutôt masculines, on trouvera le modèle inverse chez les gays avec la folle qui vient féminiser les homosexuels masculins.

Zaya: Les gens que je rencontre au quotidien ont à mon égard un présupposé d’hétérosexualité, ce qui peut sembler normal puisque c’est l’orientation sexuelle la plus fréquente. Mais,dans ses rencontres quotidiennes, quand faut-il annoncer son homosexualité ? Je ne veux jamais l’amener trop tôt. C’est un sujet personnel, que l’on a pas à assener d’entrée à son interlocuteur. Et puis, c’est surtout difficile de juger de l’opportunité de cette annonce quand on connait assez les personnes. Mais cacher son orientation sexuelle trop longtemps oblige à des pirouettes et mensonges réguliers dans les conversations.

C Delebarre: La question du coming out est une question difficile Je pense que la question primordiale à se poser n’est pas comment ou quand mais pourquoi ai-je envie de dire mon homosexualité. Parler de son homosexualité n’est pas toujours opportun cela dépend du cadre et de la relation. De plus, ne pas en parler ne veut pas forcément dire mentir. À toi donc d’analyser chaque situation et de trouver le comportement adéquat.

moderateur: Nous n’avons plus qu’une question à passer… N’hésitez pas à en poser d’autres!
Une question sur le blog. [b]Jo[/b]: J’ai lu dans un des liens qui figurent sur le blog qu’il y aurait des problèmes de surpoids assez fréquents chez les lesbiennes. Pouvez-vous développer un peu? Y-a-t’il des explications particulières?

C Delebarre: Chère Jo, effectivement, les problèmes de surpoids semblent assez fréquents chez les lesbiennes. Ce surpoids peut s’expliquer de diverses façons. Certaines posent l’hypothèse d’un plus grand mal-être, qui accentuerait ces problèmes. D’autres posent l’hypothèse du poids comme « politique »: en sachant que se construire lesbienne passe dans un « ailleurs » extérieur aux normes du féminin hétérocentré, le poids pourrait être utilisé pour se rendre moins accessible pour les hommes.

morgane: Une amie transgenre s’est faite arrêtée dimanche lors d’une manifestation et a du écume plusieurs remarques déplacées de la part des policiers. Comment intervenir calmement afin d’expliquer les notions de queer, etc à des personnes qui ne s’y intéressent pas et qui ne voient en mon amie qu’une « rebelle lesbienne »?

C Delebarre: Il est déjà très compliqué parfois de déconstruire des homosexualités, parler du queer et des transidentités l’est encore plus. Dans une situation aussi particulière, c’est encore plus complexe d’autant que le calme n’y est pas. Cependant, s’il y a eu remarque homophobe ou transphobe, c’est un délit et on peut se tourner vers des asssociations: il est important de ne pas se laisser faire!

keren: Que répondriez-vous à celles et ceux, lesbiennes ou gays qui repoussent les lesbiennes et gays stéréotypé(e)s et qui par ricochet n’osent pas s’assumer ?

C Delebarre: Les lesbiennes et gays stéréotypés (butch et folle) sont des marqueurs de la communauté, les plus visibles. Marcher dans la rue à côté d’une butch par exemple viendrait par extension à renvoyer l’orientation sexuelle de la personne C’est aussi pour cela que ces modèles sont discriminés. Une des pistes serait de pousser à la réflexion celles et ceux qui ont peur de trop de visibilité et de ce que cela représente pour elles et eux.

tedoro33: j’ai des amies en couple qui semblent adopter à l’extrême les clichés qui peuvent aussi définir les couples hétéros : (pacs, maison, break et labrador ;))Cela est il une forme de recherche de « normalisation », comme cherchant à se fondre dans le moule?

C Delebarre: J’aime bien le package « pacs, maison, break et labrador » 🙂 Nous sommes là sur la question de l’accès aux droits et de la crainte de certain-e-s homosexuel-le-s à rentrer dans le moule. Mais c’est comme la question des projets de co-parentalité. Doit-on faire le deuil de certaines envies parce que l’on est militant? Chacune et chacun peut avoir des projets différents et doit avoir le droit de les mener.

lili: Bonjour. Il est mentionné sur le blog Comment ça va les filles? que vous êtes une « experte » de la campagne. Outre votre intervention dans la vidéo, en quoi ce rôle consiste-t-il?

C Delebarre: Nous étions plusieurs avec Yagg à mener une réflexion sur la mise en place de cette campagne. Nous avons été conviées parce que toutes dans nos domaines respectifs, nous avons une expertise sur la santé lesbienne.

moderateur: Le chat est maintenant terminé. Le mot de la fin à notre invitée…

C Delebarre: J’étais ravie d’être là avec vous ce soir. Le temps passe très vite, les questions n’étaient pas toujours si simples et nécessiteraient une recontextualisation et plus de temps. Je reviendrai bientôt pour animer un autre chat sur la sexualité. Le débat peut continuer sur le blog de la campagne ou dans le groupe. Bonne soirée à toutes!

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Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef. Photo. Comédies musicales. Harvey Fierstein. These are a few of my favorite things.
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LES réactions (1)
Chat avec Coraline Delebarre: « Il existe une diversité lesbienne, à chacune de trouver sa façon d’être »
  • Par andeme edou 27 Avr 2013 - 7 H 17

    Bonjour jadore les fille sr mon fantasme

     
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