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articles | 12.02.2011 - 11 h 58 | 2 COMMENTAIRES
Les sexualités: l’intégralité de l’interview avec Coraline Delebarre

Toutes les réponses de l’experte Coraline Delebarre sur les sexualités des lesbiennes.

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Pour compléter la vidéo Les sexualités, voici les réponses de l’experte Coraline Delebarre dans leur intégralité.

Pourquoi une partie des gens ont-ils l’idée que les lesbiennes n’ont pas de sexualité ?
Le déni de la sexualité lesbienne s’explique en partie par un impensé social. Dans un contexte où la domination masculine et la hiérarchie de genre implique des rôles sexuels préétablis par opposition de genre (masculin = actif versus féminin = passif) et où les rapports sexuels se traduisent par une pénétration (pénis/vagin), il n’y a pas de place pour penser les sexualités lesbiennes. Dévolue aux caresses, à la sensualité et à la passivité, la sexualité entre femmes est alors déniée.

En effet, comme le laisse à penser l’imagerie pornographique hétéro, une jouissance indépendante du principe masculin est socialement impensable. Les lesbiennes  sont alors récupérées par l’univers fantasmatique masculin hétérosexuel.

Cependant, les sexualités lesbiennes sont multiples: caresses, pénétrations, usages de sex-toys ou encore BDSM. Tout est permis, l’horizon des possibles est très larges, l’important étant de savoir écouter ses limites et ses envies et celles de l’autre, communiquer, prendre et donner du plaisir.

Pourquoi la sexualité lesbienne est si peu visible, par rapport aux gays notamment ?
Si les lesbiennes sont homosexuelles, elles sont aussi des femmes, en tout cas éduquées comme des femmes et donc victimes de cette double discrimination appelée lesbophobie.

Les différences de rôles de sexe et leur socialisation induisent chez les femmes de plus grandes difficultés pour investir l’espace public. Les femmes, cantonnées le plus souvent aux sphères privées, n’ont pas forcément reçu une éducation les poussant à investir ces lieux. De même, leur rapport à la sexualité et la représentation qu’on en a, rend plus difficile l’accès aux lieux de drague et de sexe; à la différence des gays inscrits dans une culture de la sexualité active, ou l’image et la performance tiennent une place importante.
Alors que pour les gays la sexualité pour laquelle ils sont visibles est celle pour laquelle on les a éduqués, les lesbiennes doivent d’abord se libérer de la place qu’on leur a donnée dans la sexualité pour s’autoriser à la mettre en œuvre et à la rendre visible.
Une des stratégies de visibilisation et de légitimation de la sexualité lesbienne passe notamment par la médiatisation de ces sexualités lesbiennes qui sont multiples.
Les théories Queer et post-porn entre autre, peuvent alors ouvrir la voie à la visibilité des sexualités lesbiennes et à la réappropriation des corps et des sexualités lesbiennes.

Que peut-on dire de l’usage des sex-toys chez les lesbiennes ?
L’usage des sex-toys se démocratise dans toutes les populations. Ils sont de plus en plus investis par les femmes, les sex-toys permettant d’explorer la sexualité et de renforcer la complicité des partenaires. Pourquoi les lesbiennes ne seraient-elles pas concernées ?

La pénétration entre femme peut être effective de plusieurs façon, elle peut être vaginale ou anale, elle peut se faire avec les doigts, la main mais aussi avec des sex toys ou godemiché…..

L’usage de godes est parfois  décrié et critiqué par les lesbiennes car il renvoie au pénis, à l’homme et au coït hétérosexuel,et, par extension il renforce l’idée qu’une jouissance indépendante du pénis, de l’homme est impossible, ce qui est relativement compliqué en terme identitaire.

Lorsqu’il est utilisé, le godemiché est rarement envisagé par les lesbiennes comme une façon de pallier à l’absence d’un homme venant donner du sens au rapport sexuel entre femmes, mais plutôt comme la possibilité pour les femmes de profiter de l’étendue du plaisir féminin et d’étendre leur univers fantasmatique.

Toujours est-il que la pénétration n’est pas non plus obligatoire, elle doit être choisie, consentie, désirée…par les partenaires, comme chacun et chacune devrait être libre de choisir, consentir et désirer une pénétration quelle que soit l’orientation sexuelle et le genre.

Pour aller plus loin :

  • Bard Christine, Les Garçonnes : Modes fantasme des années folles, Flammarion, Coll. Générations, Paris, 1998.
  • Bourcier Marie-Helene, Suzette Triton (dir.), Parce que les lesbiennes ne sont pas des femmes… autour de l’œuvre de Monique Wittig, Éditions gaies et lesbiennes, Paris, 2002.
  • Hall Radcliffe, Le Puits de solitude, Gallimard, Paris, 1932.
  • Lemoine Christine, Renard Ingrid, Attirances, Edition Gaies et Lesbiennes, Paris, 2001.
    Chetcuti Natacha, Se dire lesbienne, Vie de couple, sexualité et représentation de soi, Payot, Paris, 2010
  • Pelletier Madeleine, L’Éducation féministe des filles, Syros, Paris, 1914.
  • Wittig Monique, La Pensée straight, Balland, Paris, 2001.
  • Cécile Chartrain, Natacha Chetcuti (dir.), « Lesbiennes », Genre, Sexualité et société, n°1, printemps 2009.
LES réactions (2)
Les sexualités: l’intégralité de l’interview avec Coraline Delebarre
  • Par Coraline Delebarre 16 Fév 2011 - 17 H 06

    Bonjour Cochonou75,

    Effectivement lors de la stimulation de la région anale, les muqueuses peuvent produire du mucus. Le mucus est une sécrétion naturelle qui prévient l’asséchement des muqueuses et qui peut donc être présent en plus grande quantité lors des pénétrations anales. Cependant, sachez que ce fluide n’est pas lubrifiant. Il est donc préférable d’utiliser un gel à base d’eau ou de silicone lors des pénétrations anales pour éviter tout risque de lésions.

    En espérant avoir répondu à vos questions,
    bonne fin de soirée.

     
  • Par cochonou75 16 Fév 2011 - 13 H 01

    Bonjour, je n’ai pas pu être présent-e hier sur le chat mais je souhaitais poser une question.
    les discours majoritaires disent qu’il n’y a aucune lubrification anale.
    Or j’ai le sentiment que lors de rapports sexuels anaux, ma/mes partenaire-s ou moi-même nous « mouillons » ?

    pourriez vous m’en dire plus ???????
    merci.

     
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